
Handicap et emploi : « La loi ne suffit pas, les entreprises ont besoin d’accompagnement »
Extrait de La Tribune du dimanche n°111 du dimanche 16 au dimanche 23 novembre 2025
L’Agefiph accompagne depuis 38 ans l’emploi des personnes en situation de handicap. Caroline Dekerle, sa nouvelle directrice générale, détaille plus particulièrement trois des missions du fonds. Objectif : faire du handicap un levier de performance pour les organisations et, pour y contribuer, transformer l’Agefiph pour une meilleure lisibilité de son offre de service.
Créée en 1987, l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes Handicapées (Agefiph) est un acteur incontournable dont tout le monde connaît le nom mais qui est trop souvent identifié comme l’organisme du « 6 % » ou comme la structure qui finance des aides ou des projets.
« Notre mission va bien au-delà, explique Caroline Dekerle. Il est donc indispensable d’améliorer la lisibilité et l’efficience de nos actions. Pour ce faire nous entamons dans les prochains jours une démarche pour définir nos missions cœur, prioritaires, dont le caractère différenciant doit attester de la complémentarité de l’Agefiph avec d’autres acteurs dits de “droit commun » tels que France Travail. Il s’agit également de simplifier notre offre, de mieux la “marketer” pour la rendre davantage accessible par les entreprises comme par les personnes et, pour commencer, de parler “vrai et concret”. Je veux qu’en cinq phrases simples, on sache dire à quoi sert concrètement l’Agefiph. »
Favoriser les parcours professionnels des personnes en situation de handicap
La mission historique de l’Agefiph est le développement d’aides et de services mobilisables par les personnes, demandeurs d’emploi ou salariés en situation de handicap, directement ou via leurs employeurs. « Notre offre doit encore être simplifiée et plus facile d’accès, elle permet pour des personnes ayant des besoins (aménagement de poste, transport domicile-travail, aide humaine…) de compenser leur handicap pour accéder à l’emploi ou être maintenues en emploi », explique la directrice Ces dispositifs s’inscrivent en complémentarité avec ceux du droit commun, qui doit toujours être mobilisé en première intention.
Les chiffres témoignent d’un vivier de talents disponibles à l’embauche : 515 631 demandeurs d’emploi bénéficiaires de l’obligation d’emploi (DEBOE) sont inscrits à France Travail, dont 48 % ont au moins le bac et 34 % occupent des postes de cadres ou professions intermédiaires. Dans un contexte où certains secteurs sont soumis à des tensions majeures en matière de recrutement, ce vivier représente une opportunité : 209 598 DEBOE ont été embauchés en 2024, soit 5,2 % des recrutements français.
Le handicap, ce n’est pas seulement le fauteuil roulant et la canne blanche, c’est aussi l’épilepsie, les handicaps sensoriels, le diabète, les maladies dégénératives, la dépression chronique, etc.
« Nul n’est inemployable et aucun poste n’est inaccessible par principe à un candidat handicapé compte tenu de la diversité des situations de handicap « , affirme Caroline Dekerle, qui invite les entreprises à élargir leur champ des possibles en matière de recrutement : « La mention RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) sur un CV ne doit plus être un frein, il faut ouvrir ses chakras ! »
Développer l’accompagnement des employeurs
L’Agefiph va optimiser son offre d’accompagnement des entreprises dans les prochains mois : « Nous sommes convaincus que les entreprises ne sont pas malveillantes, mais souvent démunies, constate Caroline Dekerle. La loi qui impose à tout employeur de plus de 20 salariés d’avoir plus de 6 % de l’effectif de l’entreprise en situation de handicap ne suffit pas, il convient d’accompagner les entreprises. » L’Agefiph est au service de toutes les entreprises : des TPE et PME aux grands groupes en passant par les entreprises de taille intermédiaire. Caroline Dekerle précise : « Il s’agit que notre offre le reflète davantage. Il nous faut sûrement réfléchir à simplifier davantage notre offre pour la rendre plus lisible, quitte à afficher une offre différenciée selon la taille de l’entreprise. »
La directrice encourage les entreprises à aller plus loin que le simple aménagement de poste pour avoir une démarche pluriannuelle collective et structurée, avec des objectifs concrets, a minima sur la sensibilisation de l’ensemble de son personnel, la formation de ses managers de proximité, le recrutement, le maintien en emploi.
Les entreprises accompagnées à mettre en place ces plans d’action handicap le disent : leur taux d’emploi a progressé, elles ont recruté davantage de collaborateurs en situation de handicap. La démarche proposée par l’Agefiph garantit un portage par la direction générale corrélé à l’action du référent handicap. Ce binôme est indispensable.
Pour les TPE et les PME, l’Agefiph propose un diagnostic, sorte de petit état des lieux qui permet ensuite à l’entreprise de décider où elle souhaite mettre sa priorité. « S’il s’agit de démystifier le handicap pour son collectif de travail, nous allons l’accompagner et lui proposer notamment l’ensemble de nos outils dont beaucoup permettent d’aborder le sujet de façon ludique.»
Enfin l’Agefiph développe une offre récente pour les grands groupes qui sera optimisée en 2026. La directrice générale confie : « J’échangeais dernièrement dans un groupe connu qui me faisait part, tout grand groupe qu’il soit, à quel point ils utilisaient les outils de professionnalisation et de sensibilisation de l’Agefiph. »
Professionnaliser l’ensemble des référents handicap
Ces dernières années, la montée en compétence des référents handicap est devenue une mission importante de l’Agefiph. Dans les entreprises d’au moins 250 salariés, leur désignation est une obligation légale depuis 2018. « Nous proposons un appui à leur professionnalisation avec des modules de formation en e-learning, mais aussi des outils de sensibilisation qu’ils pourront utiliser dans leur quotidien professionnel pour sensibiliser leurs collègues, détaille Caroline Dekerle. Je découvre la richesse et l’attractivité de nos outils en accès libre qui permettent d’aborder le handicap en entreprise de façon ludique.»
L’Agefiph accompagne également d’autres types de référents handicap : les référents handicap présents dans les organismes de formation pour rendre les centres de formation plus accessibles, ceux qui interviennent au sein des organisations syndicales ou encore au niveau des branches professionnelles.
L’Agefiph a créé et anime le Réseau des référents handicap (RRH), qui fédère l’ensemble de ces professionnels souvent isolés et qui leur permet d’échanger entre pairs afin de partager les bonnes pratiques. En synthèse, au-delà de répondre à une obligation légale, s’engager en faveur de l’inclusion devient progressivement un levier de performance pour les organisations. « Les entreprises doivent prendre conscience que s’intéresser au handicap est bénéfique à bien des égards. Face à des tensions de recrutements, c’est s’ouvrir à des talents sur lesquels on pensait ne pas pouvoir aller, c’est afficher des valeurs qui comptent pour les jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail, c’est déployer des actions pour maintenir en emploi et éviter les risques de rupture pour inaptitude, etc. », observe Caroline Dekerle. Les aménagements mis en place profitent d’ailleurs à l’ensemble des collaborateurs : télétravail facilité, horaires flexibles, ergonomie des postes. « Le sujet du handicap permet de recréer une dynamique collective dans l’entreprise autour d’une thématique qui touche tout le monde », conclut la directrice générale, qui invite les entreprises à solliciter l’une des 14 délégations régionales de l’Agefiph pour bénéficier de l’expertise de ses collaborateurs.





