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Grande Cause nationale 2025 : la santé mentale bouscule le monde du travail

Publié le 17/11/2025

Extrait de la Tribune du dimanche n°111 du dimanche 16 au dimanche 23 novembre 2025

Avec un salarié sur quatre déclarant une santé mentale dégradée et une hausse de 25 % des maladies professionnelles d’origine psychique, la Grande Cause nationale 2025 tombe à pic. Pour les entreprises, l’enjeu n’est plus seulement de recruter des travailleurs handicapés, mais d’adapter leurs politiques RH à cette réalité invisible qui bouleverse l’organisation du travail…

«Parlons santé mentale ! » Le slogan choisi par le gouvernement pour accompagner la Grande Cause nationale 2025 sonne comme une injonction au monde du travail. Longtemps tabous, les troubles psychiques s’imposent désormais comme un enjeu majeur pour les DRH. Dépression, burn-out, troubles anxieux, addictions : ces pathologies invisibles représentent aujourd’hui la deuxième cause d’arrêts maladie en France et pèsent lourdement sur la performance des organisations. L’objectif de cette Grande Cause ? Lever le tabou, développer la prévention, former les acteurs de terrain et améliorer l’accès aux soins. Mais surtout, reconnaître que le bien être mental n’est pas qu’une affaire personnelle : c’est un sujet
d’entreprise, qui concerne l’ensemble des domaines
– notamment l’emploi des personnes en situation de handicap psychique.

Les chiffres parlent d’eux mêmes. Selon les dernières études, un salarié sur quatre se dit aujourd’hui en mauvaise santé mentale. Plus inquiétant encore : les troubles psychiques connaissent une progression fulgurante en entreprise, avec une hausse de 25 % des maladies professionnelles d’origine psychique reconnues en 2023. Cette explosion traduit à la fois une meilleure reconnaissance du phénomène et une réelle dégradation des conditions de travail.
Pour les employeurs, le constat est sans appel : 76 % d’entre eux considèrent l’intégration du handicap psychique comme un défi majeur. Et pour cause : contrairement au handicap moteur, les troubles psychiques sont invisibles, fluctuants, et nécessitent des aménagements Spécifiques qui dépassent le simple cadre matériel.
Cette reconnaissance progressive de la santé mentale comme handicap invisible change profondément la donne. Burn-out, dépression, troubles bipolaires, schizophrénie : ces pathologies peuvent désormais donner lieu à une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), ouvrant la voie à des aménagements de poste et à un accompagnement spécifique.

Face à cette montée en puissance des troubles psychiques, les entreprises doivent repenser leurs politiques handicap. Car si 80 % des handicaps sont déjà invisibles, la santé mentale constitue une catégorie à part, nécessitant une approche spécifique. Horaires aménagés, télétravail partiel, espaces de décompression, suivi médical renforcé : les leviers d’action existent, mais restent trop peu utilisés.

L’enjeu est double. D’une part, accompagner les salariés déjà en poste qui développent des troubles psychiques en cours de carrière – ce qui représente 85 % des situations de handicap. Le maintien dans l’emploi devient alors crucial : mieux vaut investir dans l’adaptation que subir un turn-over coûteux. D’autre part, intégrer davantage la prévention dans les politiques RH. Car la santé mentale ne concerne pas que les personnes reconnues handicapées : c’est un continuum qui touche l’ensemble des collaborateurs. Former les managers à détecter les signaux faibles, sensibiliser les équipes aux risques psychosociaux, développer une culture du bien-être au travail : autant d’actions qui bénéficient à tous.

Pour accompagner cette transformation, l’Agefiph multiplie les initiatives. En 2025, l’organisme a labellisé sa nouvelle étude « Grande Cause » consacrée à la santé mentale, l’emploi et le handicap. Cette publication de référence dresse un état des lieux précis de la situation et formule des recommandations concrètes pour les entreprises.
Mais l’Agefiph ne se contente pas de produire de la connaissance. Elle met à disposition des employeurs une batterie d’outils opérationnels : guides pratiques sur l’accompagnement des troubles psychiques, webinaires de formation, retours d’expériences d’entreprises pionnières, modules de sensibilisation pour les managers et les référents handicap. L’objectif ? Démystifier le handicap psychique et donner aux entreprises les clés pour agir. Car contrairement aux idées reçues, intégrer un salarié souffrant de troubles psychiques ne nécessite pas toujours des aménagements lourds. Souvent, il suffit de flexibilité, d’écoute, et d’un management bienveillant. Les référents handicap jouent ici un rôle central. L’Agefiph renforce leur formation sur les enjeux de santé mentale et les met en réseau via le RRH (Réseau des référents handicap). Depuis 2025, leurs missions incluent d’ailleurs officiellement la prévention des risques psychosociaux, actant ainsi le lien indissociable entre politique handicap et bien-être au travail.

La Grande Cause nationale 2025 pourrait bien marquer un tournant dans la perception du handicap psychique en entreprise. Car derrière la contrainte apparaît une opportunité : celle de créer des organisations plus humaines, plus résilientes, et finalement plus performantes.
Les entreprises qui ont investi dans la santé mentale de leurs collaborateurs constatent des bénéfices tangibles : baisse de l’absentéisme, amélioration de la productivité, renforcement de la marque employeur. Dans un contexte de guerre des talents, afficher une politique volontariste sur le bien-être psychique devient un avantage compétitif.
Surtout, intégrer la santé mentale dans la stratégie handicap permet de toucher un public plus large. Sur les 515631 demandeurs d’emploi bénéficiaires de l’obligation d’emploi, une part croissante présente des troubles psychiques. Ce vivier de talents reste largement inexploité, alors même que ces candidats possèdent souvent des compétences solides – 48 % ont au moins le bac, 34 % occupent des postes de cadres ou professions intermédiaires.
La Grande Cause nationale 2025 ne se résume pas à un slogan. Elle incarne un changement profond de paradigme : la santé mentale n’est plus un sujet tabou que l’on évite, mais une réalité que l’on accompagne. Pour les entreprises, l’enjeu n’est plus de savoir si elles doivent agir, mais comment elles vont transformer cette contrainte en levier de performance. L’Agefiph est leur partenaire pour les guider dans cette mutation nécessaire.